Entretien avec Anais Viand , journaliste pour FishEye Le Mag

Entretien avec Anais Viand , journaliste pour FishEye Le Mag

AV: Qui es-tu ? Peux-tu te décrire en quelques mots ?
Damien. Bricoleur audiovisuel et multimédia

AV: Quand et comment es-tu devenu photographe ?
Je ne sais pas si je suis « devenu » photographe mais c’est aux alentours de mes 17 ans que j’ai compris crescendo que la photographie prendrait une place importante dans ma vie. Parmi les éléments marquants qui m’ont mis sur ce chemin, je peux citer: la lecture de Marelle de Julio Cortazar, la découverte de l’oeuvre de Chris Marker, la photo de Fortino Samano prise par Agustin Casasola, l’émergence de flickr et ce que j’y ai appris et échangé avec sa communauté de photographes, le travail de Ludovic Maillard lorsqu’il parcourait la France à pieds, mon stage de fin d’études chez Magnum Photos Paris….

AV: Que représente la photographie pour toi?
Une nécessité.

AV: Peux-tu présenter ta série « train of thought » :
Train of Thought est une série que j’ai réalisée lors d’un voyage de 8000 kilomètres dans les trains du transsibérien (Russie), trans-mandchourien (Chine) et trans-mongolien (Mongolie). Tout le monde (ou presque) a entendu parler du Transsibérien. Le légendaire plus long chemin de fer du monde reliant l’Europe et l’Asie et couvrant 9289 km de Moscou à Vladivostok. Le Trans-Sibérien n’est pas un voyage conçu pour les touristes; c’est avant tout un moyen de transport en commun pour les locaux des pays et régions qu’ils traversent. Pour eux, prendre le transsibérien est probablement tout aussi exotique qu’un Paris-Lyon pour un français mais ce qui fait du transsibérien une expérience si spéciale, c’est la distance et les paysages qu’il traverse, sa vitesse quasi constante fixée à 60 km/h qui vous plonge dans un état propice à la rêverie. Les sens s’aiguisent au rythme du roulis constant du train, à la vue du paysage sibérien hypnotisant qui se déploie à l’extérieur et dans l’espace restreint que l’on doit partager avec les autres voyageurs pendant des jours et des nuits. Ce qui suit est ma tentative de saisir un peu de cette expérience et de la retransmettre.

En marchant dans le train, en passant d’un wagon à l’autre, je contemple les passagers se perdre dans leurs pensées les yeux fixés sur le panorama fuyant des plaines marécageuses. Tous plongés dans une rêverie qui est l’un des plaisirs du voyage en train, nous regardons au dehors mais notre attention est portée vers l’intérieur, en nous … Jusqu’à ce qu’un compagnon de cabine surgisse ou un village – comme ceux peints par Levitan – brise la monotonie du paysage nous laissant songeur sur le quotidien des vies ancrées dans ce beau milieu de nulle part. Alors que nous traversons la Sibérie – qualifiée par Ian Frazier de territoire si vaste que «c’est plus une idée qu’un lieu» – je demande aux autres passagers de partager leurs sentiments à propos du voyage. Dans cette série, j’assemble ces wagons de pensées et je vous invite à monter à bord, à marcher dans le couloir du train et apercevoir ce qu’ils voient et ressentent en passant votre souris sur les portraits.

AV: Quand et durant combien de temps as tu réalisé ce projet ?
J’ai réalisé ce projet lors des mois d’Août et Septembre 2016

AV: Quel boîtier as-tu utilisé ?
Canon 5DMkIII

AV: Quelle est l’histoire de cette série ?
Cette série, je la dois à la confiance de l’équipe de l’Asian European Foundation. Je l’ai réalisée dans le cadre de leur programme #ASEFSU20. Un projet fabuleux — pensé par Leonie Nagarajan et son équipe — qui a amené 47 jeunes professionnels de 45 pays à voyager en train à travers la Chine, Russie et Mongolie pour explorer ensemble le rôle du transport et du commerce dans les liens unissant l’Asie et l’Europe.

AV: Qu’as-tu voulu montrer avec ces images ?
Je voulais que n’importe qui puisse, en voyant mes photos, avoir la sensation de parcourir l’allée du train et jeter un oeil aussi bien vers les cabines que vers l’extérieur et dans un autre degré de profondeur, dans les pensées des passagers. Un peu à la façon de Wim Wenders dans « Les Ailes du désir », donner au spectateur la possibilité de lire dans les pensées des autres passagers (Wings of Desire subway scene).

AV: Comment t’est venue l’idée ?
De façon très organique. Lorsque l’on traverse la Sibérie, on passe plusieurs jours sans sortir du train. Entre lectures et discussions, mon passe-temps favori consistait à me balader dans les allées, passer d’un wagon à un autre et observer les autres passagers. D’imaginer qui ils étaient, d’où ils venaient, ce que ce voyage générait en eux… J’avais envie de partager cela.

AV: Peux-tu nous expliquer le choix du titre ?
« Train of thought » est une expression anglaise qui se traduit en français par « fil de la pensée ». Elle évoque l’apparition d’une idée, d’une pensée qui peut mener aussitôt à une autre, et une autre encore… J’aime l’image de l’expression anglaise qui associe le mot train et sous-entend des wagons d’idées ou de pensées attachées les uns aux autres. Ici le fil directeur est bien entendu ce train et l’état second dans lequel il plonge ses voyageurs.

AV: As-tu gardé des contacts avec certains passagers ?
Oui, je suis toujours en contact avec un grand nombre d’entre eux mais malheureusement pas avec les Russes qui travaillaient dans le train, ils vivent dans un autre espace-temps, c’est ça le transsibérien.

AV: Le projet est–il terminé ?
En ce qui me concerne oui, mais on peut y attacher d’autres wagons. Il n’y a pas de limites aux nombres de wagons de pensées qui composent ce train of thought!

AV: Que représente le Transsibérien pour toi ?
Une plongée dans un autre espace-temps.

AV: Peux tu résumer cette série en trois mots ?
Non 😉

AV: As-tu une image préférée ?
Le portrait de Svetlana et Galina.

AV: Peux–tu nous raconter un souvenir/échange marquant avec l’un des passagers ?
Les histoires de Svetlana, Galina et Sergei. Ils vivent dans une maison ambulante au quotidien et en plus de ça, ils ont de la visite tous les jours.
Je me souviens d’une anecdote en particulier. C’est Svetlana qui me racontait, les yeux brillants, la présence d’un cirque dans le transsibérien. La troupe avait semble t-il fait des wagons du transsibérien leur chapiteau. Vous imaginez un spectacle de cirque dans un train ? Passer du wagon du funambule à celui du trapéziste. J’aurais aimé être là, voir comme ils prennent possession des lieux mais peut être que le joli film que mon imagination me projète est encore mieux que la réalité.
La Sibérie est une belle toile de fond pour que la fiction dépasse le réel. Mon sentiment est qu’en Russie, cette frontière est un peu plus ténue qu’ailleurs.

AV: Peux tu me dire quelques mots sur le son, ton rapport au son, Etait-ce évident pour toi de lier le son à l’image ?
Oui, complétement. C’est une dimension essentielle de ce récit. Il faut s’imaginer écouter pendant deux, trois semaines ce « tadam, tadam, tadam » qui marque le passage d’un rail à un autre. Comme le dit si bien Sergei (en portrait dans ma série), ce sont les battements de coeur du transsibérien. C’est une musique qui contribue à plonger le passager dans cet état second, propice à la rêverie.

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